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Aufgaben zu Text II (literarisch)

1

Présentez Naïma et son père Hamid.

30 %

2

Analysez les discussions entre Naïma et son père ainsi que leurs réactions respectives en tenant compte des procédés stylistiques utilisés.

40 %

3

Au choix:

3.1

«En famille, il faut pouvoir parler de tout.» Discutez.

ou:

3.2

Après la visite chez ses parents, Naïma écrit une lettre à sa sœur dans laquelle elle explique pourquoi elle veut aller en Algérie.

30%
100%

Partir pour l’Algérie

1
Dans le cadre de la guerre d’Algérie, Hamid, jeune enfant, a quitté son pays natal pour la France
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avec ses parents Ali et Yema. Une quarantaine d’années plus tard, Naïma, la fille adulte de Clarisse
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et Hamid, rend visite à ses parents.
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— Je vais y aller. En Algérie.
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Elle pense ne le dire que pour le faire réagir mais au moment où elle jette les mots vers lui, elle
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découvre qu’elle n’est pas en train de mentir : elle va partir là-bas. Elle ne sait pas quand elle a pris
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la décision, peut-être dès le début, en ne refusant pas immédiatement la proposition de Christophe1,
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peut-être dans le salon de Lalla2 il y a quelques jours, peut-être une seconde plus tôt en constatant
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que le silence de son père ne lui laissait pas d’autre choix.
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Il finit de trancher minutieusement le saucisson et le bruit sec et répété de son couteau évoque celui
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d’une pendule, allongeant le temps alors même qu’il le détaille. Puis il place les fines rondelles dans
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un bol de porcelaine et se décide enfin à regarder Naïma:
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— Est-ce que je peux te l’interdire ?
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— Non.
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Hamid hausse les épaules pour signifier qu’alors, elle n’aurait pas dû lui en parler.
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— Ce que je voudrais, c’est que tu m’aides.
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— Je ne vois pas comment.
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— Tu ne m’as jamais rien dit de l’Algérie, souffle Naïma.
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Quand elle avait imaginé cette conversation, elle entendait cette phrase s’insérer dans la
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conversation nonchalante d’un soir d’été, elle lui prêtait la légèreté des propos qui se créent en
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dentelles autour du vin blanc et des tranches de saucisson. (Alcool + porc, parfois elle se dit que
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son père s’est fait un devoir de prouver à chaque instant qu’il pouvait être maghrébin sans être
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musulman.) Mais la réplique est rageuse, chargée de reproche, et dehors le salon de jardin est pris
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dans le givre de janvier.
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— Qu’est-ce que tu voulais que je te dise? répond Hamid sans la regarder. J’ai découvert la forme
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qu’elle avait quand j’ai vu une carte du monde en France. J’ai vu Alger pour la première fois en
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m’enfuyant du pays. Alors tu voulais que je te raconte quoi? La couleur des murs de la chambre à
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coucher? Je ne connais rien de l’Algérie.
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— Mais ton enfance?
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— Les enfants sont les mêmes partout.
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Pour éviter qu’il ne s’enferme dans une bouderie mutique, elle n’insiste pas. Elle préfère aiguiller la
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conversation sur les films de super-héros, une passion qu’elle partage depuis longtemps avec Hamid
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et qui, parfois, ressemble au besoin vague que quelqu’un vienne les sauver, même si elle ne sait
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pas de quoi. Pendant le reste du dîner, ils classent les membres des X-men3 selon leur ordre de
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préférence, conspuent Superman par trop invincible et à jamais bien coiffé, encensent en revanche
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l’Homme Araignée4 aux affres5 morales permanentes et se moquent de Clarisse qui n’est jamais
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parvenue à s’intéresser à ces personnages et les confond tous.
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Le lendemain, elle accepte une promenade matinale en forêt bien que la boue des chemins qui
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s’étend de novembre à mars sous les arbres nus l’ait toujours attristée. Ils avancent tous les trois en
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silence au milieu du bois qui a, lui aussi, rétréci par rapport aux souvenirs, perdu ses endroits secrets
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et précieux : la Clairière des fées, le Sentier des biches. Alors que Clarisse s’attarde à la recherche
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des signes peints sur les troncs qui désignent les prochaines zones de coupe, Naïma décide de
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poser frontalement à son père la question qui la taraude:
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— Qu’est-ce qu’il a fait Ali, pendant la guerre?
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Dans la tête de Hamid explose une sensation qu’il n’a plus connue depuis l’adolescence. Ça fait
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comme un bruit d’ongles sur un tableau noir. Et il lui semble que le bruit est tellement fort que Naïma
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l’entend, elle aussi, que ça se transmet de son crâne à celui de sa fille, lui entre par l’oreille en
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vrillant.
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— Je ne sais pas, finit-il par avouer. Pas grand-chose, je crois…
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Elle voit à ses yeux que c’est une espérance qu’il voudrait ériger en vérité.
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— Il faudrait peut-être que tu demandes à ta grand-mère, ajoute-t-il, moi je ne me souviens de
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rien.
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— Très drôle, répond Naïma.
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Il sait pertinemment qu’elle ne peut pas avoir ce genre de conversations avec sa grand-mère. Après
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tout, c’est lui qui n’a pas voulu apprendre l’arabe à ses enfants. Quand ses filles l’ont interrogé à ce
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sujet, il a répondu, comme presque toujours dans les conversations qui ont trait à l’Algérie, qu’il ne
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se souvenait de rien, et surtout pas des structures de cette langue qu’il continue pourtant de parler,
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de plus en plus mal, avec sa mère et ses frères et sœurs. Il a avancé que pour enseigner une langue,
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il fallait savoir comment elle fonctionne, comment elle se construit. Naïma n’a jamais trouvé ses
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réponses convaincantes. Pour elle, il a confondu l’intégration avec la politique de la terre brûlée, ne
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laissant à ses filles que le mince espace de discussion ouvert par le piètre niveau de français de
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Yema et les traductions partielles des oncles et tantes qui gravitent encore autour de leur mère. Elle
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termine la promenade en traînant ostensiblement des pieds comme une enfant contrariée.
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Alors qu’elles ôtent toutes deux leurs chaussures croûteuses devant la porte, Naïma pose la même
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question à sa mère, sans grand espoir:
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— Personne ne sait, je crois, répond celle-ci. Mais une chose est sûre: ton père s’en voudra
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toute sa vie de ne pas savoir.
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Et Naïma entend l’autre phrase qui s’est glissée sous la première, sans être prononcée: peut-être
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que tu devrais le laisser tranquille avec ça. Mais elle ne peut pas obéir, simplement, facilement,
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comme à l’époque où ses parents lui paraissaient être, sinon des héros, du moins dotés d’une
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autorité parfaite à laquelle elle devait se soumettre parce qu’un sens plus profond lui échappait et
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qu’elle leur faisait confiance pour l’avoir saisi à sa place. Elle marmonne entre ses dents des
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remerciements ironiques.

Alice Zéniter, L’art de perdre, Paris : Flammarion. 2017. p. 480-483.

Annotations

1 Christophe

le patron de Naïma qui lui a proposé d‘aller en Algérie dans le cadre du travail

2 Lalla

un peintre algérien vivant en France avec qui Christophe et Naïma travaillent

3 X-men (n. m. pl.)

super-héros américains

4 l’Homme Araignée (n. m.)

dt. Spiderman

5 les affres (n. f. pl.)

dt. Qualen

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