Compréhension écrite
Partie II
Agnès Martin-Lugand : Nos résiliences
Ava, la narratrice, a grandi dans une famille de galeristes d'art.
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Mon grand-père et mon père m'avaient initiée à l'art sans que je m'en rende compte.
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Naturellement, comme on respire. Cela faisait partie d'eux, ils m'avaient transmis cet œil
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intransigeant, cette extrême sensibilité face à une œuvre, ce flair imparable pour dénicher
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de nouveaux talents. Enfant, je partageais mon temps entre l'école, les devoirs à la galerie
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et mes week-ends à visiter les musées, les expos, les ateliers avec Grand-Père, après qu'il
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eut laissé son fils aux commandes. Quand j'étais à la galerie avec papa, j'assistais,
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émerveillée, à ses tours de magie pour vendre une toile ou une sculpture ou encore pour
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convaincre un artiste de signer avec lui ; tout en ayant un nez dans mes cours, je l'entendais
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décocher ses arguments, séduire, faire rêver, encourager, rassurer. Mon père était un
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funambule des mots. Cela s'était imprimé dans chaque fibre de mon être, j'avais absorbé
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cette passion, elle était devenue mienne. Le sens de la communication, cet art de la
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séduction et cet amour pour les artistes qui étaient le propre des galeristes s'étaient inscrits
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en moi d'une manière irrévocable. Je laissais Grand-Père dire que c'était ses gènes qui
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m'avaient donné le goût de l'art, sachant pertinemment que contredire un vieil homme buté
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comme lui aurait été une dépense d'énergie inutile.
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J'étais convaincue qu'une fois mon bac en poche, papa me prendrait directement à ses
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côtés à la galerie. Ce fut tout le contraire. À ma stupéfaction, il m'avait expédiée faire mes
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études à l'autre bout du pays, insistant même pour que je choisisse une autre discipline
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qu'histoire de l'art et j'avais dû me battre contre lui pour qu'il me laisse choisir. Ce fut le
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dernier combat de Grand-Père au crépuscule de sa vie et le seul qu'il mena en tandem avec
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ma mère. Lui qui avait rejeté d'une manière virulente que je puisse un jour reprende à mon
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tour son œuvre avait mieux compris que quiconque qu'il ne fallait surtout pas entraver ma
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passion. Même après l'obtention de ma maîtrise, papa repoussa une fois de plus mon
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embauche et m'envoya enchaîner les stages à l'étranger chez des confrères amis. Il voulait
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que je voie du pays, que je découvre d'autres formes d'art à travers différentes cultures,
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j'avais été en Afrique, en Amérique du Sud. Il voulait que je m'ouvre à toutes les expressions
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et à toutes les subtilités du marché de l'art. Il souhaitait que je fasse mes propres rencontres,
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mon propre carnet d'adresses, que je m'approprie d'autres méthodes de galeriste, moins
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conventionnelles que les siennes. Il a fallu que j'attende mes vingt-six ans pour qu'il décrète
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que je pouvais rentrer à la maison. J'en avais été soulagée. Bien qu'ayant follement aimé
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cette période de voyages et de découvertes, je voulais rentrer au bercail, prendre enfin ma
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place auprès de lui. Il me manquait, la galerie me manquait, le souvenir omniprésent de
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Grand-Père aussi.
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À mon retour, j'avais très vite saisi la ou plutôt les raisons de cet éloignement imposé. Tout
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d'abord, il était convaincu de m'avoir enfermée dans une cage dorée ; il craignait qu'un jour
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ou l'autre, si je ne voyais rien d'autre que les quatre murs de la galerie, j'explose [...] et que
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j'envoie tout valser. Il voulait m'ouvrir à tout le champ des possibles. Pourtant, mon absence
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de plusieurs années avait été un crève-cœur pour lui – pour moi aussi, mais dans une
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moindre mesure au vu de l'aventure extraordinaire que j'avais vécue. [...]
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Durant une dizaine d'années, nous avions géré la galerie en duo. Parfaire ma formation à
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ses côtés avait été merveilleux. Je n'avais pas l'impression de travailler avec mon père,
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d'ailleurs, je n'avais pas le droit de l'appeler papa là-bas. Face aux œuvres, aux artistes,
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aux clients, il était Georges ; je travaillais auprès d'un maître, d'un mentor qui me considérait
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comme son égale. Je pensais cette collaboration éternelle. Pourtant, [un jour], papa m'avait
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convoquée d'une manière cérémoniale – qui ne lui ressemblait absolument pas. Face à un
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tableau gigantesque représentant l'horizon dans un dégradé de bleu et de gris que nous
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venions de vendre et qu'il aimait particulièrement, il m'avait annoncé son départ :
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– Mon Ava, il est temps de te laisser voler de tes propres ailes... C'est ce que Grand-Père
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aurait souhaité... C'est ce que je souhaite aussi, plus que tout au monde... La galerie est à
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toi, désormais.
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Son ton solennel, son regard embué et tourné vers la toile m'avaient empêchée de
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m'opposer à lui. Pourtant mon corps et ma tête avaient hurlé : « Non, pas maintentant, pas
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déjà. » J'avais été terrifiée, me sentant incapable d'être seule, de réussir à conserver et faire
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vivre la galerie sans lui. Mais je ne pouvais en aucun cas me soustraire à sa demande, à
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son vœu. Mon père, cet homme que j'admirais plus que tout, devait me laisser prendre mon
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envol. Il me prouvait ainsi que j'étais véritablement adulte, que je savais mener ma vie de
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femme, de mère et de galeriste. Je me refusais de le retenir égoïstement alors que tout allait
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bien pour moi. Plutôt que de lui répondre, les mots auraient été inutiles, je m'étais penchée
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vers lui, abandonnant mon visage contre son épaule en retenant une larme d'émotion.
[Agnès Martin-Lugand, Nos résiliences, Michel Lafon, Paris 2020, p. 31-35.]
Consignes :
- Si l'on te demande de justifier ta solution par une citation du texte, indique la ligne / les lignes correspondant à votre citation.
Écris les trois premiers et les trois derniers mots de votre citation. - Si la citation de référence comprend moins de six mots, écris la citation complète. Ta citation doit justifier l'intégralité de la phrase.
- Si l'on te demande de compléter la phrase, complète-la par tes propres mots ou par une citation.
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Coche la bonne réponse.
Quand la narratrice était enfant, son grand-père...
| l'aidait à faire ses devoirs. | |
| l'emmenait à des expositions. | |
| l'initiait au fonctionnement de la galerie. |
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Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| D'après le grand-père de la narratrice, celle-ci a hérité de son amour pour l'art. |
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Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| Le père de la narratrice voulait que sa fille, sa scolarité terminée, travaille avec lui. |
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Coche la bonne réponse.
Après ses études, la narratrice...
| ouvre sa propre galerie à l'étranger. | |
| s'associe à un confrère de son père. | |
| travaille chez des collègues de son père. |
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Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| À l'âge de 26 ans, la narratrice décide de rentrer à la maison. |
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Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| Le père avait souffert de l'éloignement de sa fille. |
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Coche la bonne réponse.
Pour la narratrice, perfectionner son apprentissage auprès de son père est quelque chose de...
| naturel. | |
| décevant. | |
| fantastique. |
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Coche la bonne réponse.
Le père fait part de sa retraite à sa fille...
| en présence de son grand-père. | |
| après avoir conclu une affaire avec un client. | |
| lors d'une réception avec d'autres galeristes. |
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Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| La narratrice est confiante dans sa capacité à driger la galerie seule. |
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Coche la bonne réponse.
Face à son père, la narratrice exprime ses sentiments par...
| des gestes. | |
| des larmes. | |
| des paroles. |
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Coche la bonne réponse.
Quand la narratrice était enfant, son grand-père...
| l'aidait à faire ses devoirs. | |
| l'emmenait à des expositions. | |
| l'initiait au fonctionnement de la galerie. |
Ligne(s) : 4-5
Citation : Enfant, je partageais ... avec Grand-Père.
(1P)
2
Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| D'après le grand-père de la narratrice, celle-ci a hérité de son amour pour l'art. |
Ligne(s) : 13-14
Citation : Je laissais Grand-Père ... de l'art
(1P)
3
Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| Le père de la narratrice voulait que sa fille, sa scolarité terminée, travaille avec lui. |
Ligne(s) : 16-17
Citation : une fois mon ... tout le contraire.
(1P)
4
Coche la bonne réponse.
Après ses études, la narratrice...
| ouvre sa propre galerie à l'étranger. | |
| s'associe à un confrère de son père. | |
| travaille chez des collègues de son père. |
Ligne(s) : 23-24
Citation : Même après l'obtention ... des confrères amis.
(1P)
5
Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| À l'âge de 26 ans, la narratrice décide de rentrer à la maison. |
Ligne(s) : 29-30
Citation : Il a fallu ... à la maison.
(1P)
6
Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| Le père avait souffert de l'éloignement de sa fille. |
Ligne(s) : 37-38
Citation : mon absence de ... crève-cœur pour lui
(1P)
7
Coche la bonne réponse.
Pour la narratrice, perfectionner son apprentissage auprès de son père est quelque chose de...
| naturel. | |
| décevant. | |
| fantastique. |
Ligne(s) : 40-41
Citation : Parfaire ma formation ... avait été merveilleux.
(1P)
8
Coche la bonne réponse.
Le père fait part de sa retraite à sa fille...
| en présence de son grand-père. | |
| après avoir conclu une affaire avec un client. | |
| lors d'une réception avec d'autres galeristes. |
Ligne(s) : 45-47
Citation : Face à un ... annoncé son départ :
(1P)
9
Coche la bonne réponse.
| vrai | faux | |
| La narratrice est confiante dans sa capacité à driger la galerie seule. |
Ligne(s) : 53-54
Citation : J'avais été terrifiée ... galerie sans lui.
(1P)
10
Coche la bonne réponse.
Face à son père, la narratrice exprime ses sentiments par...
| des gestes. | |
| des larmes. | |
| des paroles. |
Ligne(s) : 58-59
Citation : je m'étais penchée ... larme d'émotion.
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