Lerninhalte in Französisch
Inhaltsverzeichnis

Partie A

1.
Présente l'évolution de la relation des deux filles.
(compréhension) (11 Punkte)
2.
Fais le portrait de la narratrice.
(analyse) (17 Punkte)
3.
Au choix :
3.1
Compares la relation entre la narratrice et Yvelise avec une relation amicale dans une œuvre littéraire ou cinématographique de ton choix.
(commentaire) (14 Punkte)
ou :
3.2
Après ce qui s'est passé à l'école et avec les familles, la narratrice décide d'écrire une lettre à Yvelise. Rédige cette lettre.
(produktiv-gestaltende Teilaufgabe) (14 Punkte)

Maryse Condé
Yvelise (1999)

L'histoire se déroule en Guadeloupe dans les années 1950. Maryse, la narratrice, et Yvelise
sont amies comme leurs mères, toutes les deux institutrices. Leurs familles font partie de la
population noire.
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À l’école, tout me séparait d’Yvelise.
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Oui, nous étions dans la même classe. Oui, nous étions assises côte à côte dans nos robes
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souvent pareilles. Mais, tandis que je continuais sans effort d’être première partout, Yvelise
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était bonne dernière. Si ses parents n’avaient pas été ce qu’ils étaient, elle n’aurait jamais
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franchi le seuil du Petit Lycée. Yvelise ne lisait pas, elle ânonnait. Elle réfléchissait un long
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moment pour découvrir ce que font mystérieusement 2 et 2. Ses dictées comportaient
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cinquante fautes. Elle était incapable de retenir une fable de La Fontaine. Quand la maîtresse
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l’appelait au tableau, dans son désespoir, Yvelise se tordait et gigotait tellement que la classe
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rugissait de rire. Il n’y avait qu’en solfège et musique qu’elle excellait car le Bon Dieu l’avait
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dotée d’une voix de rossignol. La maîtresse de piano lui faisait chanter en solo la barcarolle
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des Contes d’Hoffmann. Qu’Yvelise soit mauvaise élève n’affectait en rien nos relations.
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Cela ne faisait qu’éveiller mon instinct protecteur. J’étais son chevalier Bayard. Celles qui
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voulaient se moquer d’elle devaient d’abord en découdre avec moi.
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Je n’étais pas la seule au Petit Lycée à affectionner Yvelise. Pour sa douceur de caractère,
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notre maîtresse, Mme Ernouville, l’adorait. Si j’étais sa bête noire à cause de mon indiscipline
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et surtout de ma manière, imitée de Sandrino, de me moquer de tout le monde, même des
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personnes, précisait-elle, qui en savaient plus que moi, Yvelise était sa petite doudou. Elle
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avait plus d’une fois engagé la directrice, amie de Lise, à mettre cette dernière en garde
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contre la mauvaise fréquentation que je représentais. [...]
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Je croyais mes rapports d’amitié avec Yvelise éternels, bâtis sur le roc d’une fondation
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inébranlable. Pourtant, par sa méchanceté et la perversité de son esprit, Mme Ernouville
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faillit y mettre un terme.
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Au mois de décembre, comme en cette fin d’année elle brillait moins que jamais par le zèle
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et par l’imagination, elle nous donna à rédiger un sujet bien peu original : « Décrivez votre
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meilleure amie. »
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Ce devoir m’ennuya. Je le bâclai et n’y songeai plus, une fois remis mon cahier de français.
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Quelques jours plus tard, Mme Ernouville en débuta la correction par cette sentence :
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– Maryse, huit heures de colle à cause des quantités de méchancetés que tu as écrites sur
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Yvelise.
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Méchancetés ? Là-dessus, elle se mit à lire ma rédaction de sa voix graillonneuse : « Yvelise
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n’est pas jolie. Elle n’est pas non plus intelligente. » Les élèves pouffèrent de rire et, du coin
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de l’oeil, lorgnèrent Yvelise qui, blessée par cette franchise brutale, faisait piteuse figure.
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Mme Ernouville poursuivit sa lecture. Avec la même maladresse, je m’efforçais ensuite
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d’expliquer le mystère de l’amitié entre la cancre et la surdouée. À vrai dire, les choses en
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seraient restées là, quelques ricanements d’élèves, une bouderie passagère d’Yvelise trop
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bonne pour garder longtemps gros coeur, si Mme Ernouville n’avait décidé de faire un
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rapport à la directrice sur ce qu’elle appelait ma méchanceté. Celle-ci, outrée, informa la mère
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d’Yvelise qui reprocha violemment à ma mère l’éducation qu’elle me donnait. J’avais traité
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sa fille de laideron demeuré. Qu’est-ce que je me croyais, hein ? J’étais le digne rejeton d’une
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famille où l’on pétait plus haut que ses fesses, d’une famille de nègres qui se prenaient pour
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ce qu’ils n’étaient pas. Ma mère s’offusqua de ces propos. Mon père aussi. À son tour, le père
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d’Yvelise prit la mouche. Bref, les grandes personnes entrèrent dans la danse et oublièrent
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l’origine enfantine de cette querelle. La conséquence fut que ma mère m’interdit de mettre
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les pieds chez Yvelise.
(602 mots)
Aus: Maryse Condé: La coeur à rire et à pleurer. Contes vrais de mon enfance. Paris : Laffont 1999,
S.39-42 (Auszug)