Partie A
1.
Présente la situation du protagoniste ainsi que les sujets de ses réflexions.
(compréhension) (13 Punkte)
2.
Étudie les sentiments du protagoniste envers ses parents et face à sa vie d’autrefois.
(analyse) (16 Punkte)
3.
Au choix:
3.1
« À certains qui sont partis, il faut souhaiter qu’ils ne rentrent jamais, bien que ce soit leur plus profond désir. » (l. 39 – 41)
Discute cette citation en te référant également à tes connaissances acquises sur l’Afrique subsaharienne.
ou:
(commentaire) (13 Punkte)
3.2
Après avoir téléphoné à son fils Latyr, sa mère lui écrit une lettre. Elle y exprime ses reproches, ses espoirs ainsi que ses craintes concernant la vie de son fils en France et son retour au pays natal.
Rédige cette lettre.
(produktiv-gestaltende Teilaufgabe) (13 Punkte)
Mohamed Mbougar Sarr
La plus secrète mémoire des hommes
Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, vit à Paris et écrit dans son journal.
1
J’ai fait ce soir ce que je redoute le plus au monde, Journal : j’ai appelé mes parents. Ma mère :
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Tu as des problèmes ? Moi : Non, tout va bien. La mère : Vraiment ? Le fils : Vraiment. Elle :
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Tu appelles comme ça ? Lui : Oui, pour prendre des nouvelles. Ma mère : Anh, Latyr, c’est
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ça qui m’inquiète. Ça va, tu es sûr ?
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Lorsque nous nous passons un appel vidéo, mes parents, côte à côte, tiennent l’appareil
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en sorte que je voie sur l’écran une partie du visage de chacun. Je regarde ainsi le visage
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parental réunifié. Les signes de son vieillissement m’ont serré le coeur et donné l’envie de
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couper l’image. Mais cela n’aurait rien changé ; leurs voix aussi avaient vieilli : des lézardes
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profondes sur les murs du temps. Je me suis promis, comme chaque fois, de les appeler plus
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souvent. Je savais pourtant que je ne le ferais pas. Je continuerais de les appeler rarement. Ma
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mère soulignait toujours, en plaisantant, mon faible sens de la famille. Amères plaisanteries :
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elles portaient une silencieuse accusation. Mon père ne disait jamais rien à ce propos et cela
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voulait tout dire. Aucun d’eux ne s’expliquait mes longues périodes de silence. La chose me
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paraissait pourtant simple : je remplissais l’office dont beaucoup d’enfants devaient s’acquitter
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vis-à-vis de leur parents à un moment de leur vie : l’office de l’ingratitude.
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Il y avait aussi la part de la naïveté : celle qui me faisait croire que je disposais de mes
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parents à volonté. Si je repoussais chaque fois le moment de leur passer un coup de fil, c’était
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peut-être parce que, avec une confiance aveugle, j’étais sûr de les retrouver bientôt, et qu’il
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n’était donc pas nécessaire de les appeler tous les jours, puisque celui où je rentrerais
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définitivement à leurs côtés viendrait rapidement. Mirage que ce jour dans le désert de l’exil.
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Ainsi chaque appel reporté, sous l’illusion de retrouvailles prochaines qui justifiaient son
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annulation, marquait en réalité un éloignement plus grand. J’ai atteint le stade terminal de
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l’immigration : je ne crois plus simplement à la possibilité du retour : je me suis convaincu
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de son imminence et persuadé de regagner le temps passé loin des miens. Ces tragiques
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espérances me font vivre autant qu’elles me tuent : j’affecte de croire que je rentrerai bientôt
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chez moi, que tout y sera inchangé et que je pourrai rattraper. Le retour qu’on rêve est un
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roman parfait – un mauvais roman donc.
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Quelque chose se meurt. Le monde que j’ai quitté a disparu dès que je lui ai tourné le
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dos. J’ai cru, l’habitant et y ayant enterré, comme un trésor, mon enfance, qu’il était devenu
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indestructible par la seule grâce de ce don. J’ai cru à sa loyauté éternelle pour mon existence
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passée. Rien n’était plus chimérique : le monde jadis aimé n’a pas signé de pacte de fidélité.
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Sitôt m’en étais-je absenté qu’il s’éloignait déjà dans le tunnel du temps. [...]
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L’exilé est obsédé par la séparation géographique, l’éloignement dans l’espace. C’est
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pourtant le temps qui fonde l’essentiel de sa solitude ; et il accuse les kilomètres alors que ce
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sont les jours qui le tuent. J’aurais pu supporter d’être à des milliards de bornes du visage
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parental si j’avais eu la certitude que le temps glisserait sur lui sans lui nuire. Mais c’est
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impossible ; il faut que les rides se creusent, que la vue baisse, que la mémoire flanche,
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que des maladies menacent.
[...]
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À certains qui sont partis, il faut souhaiter qu’ils ne rentrent jamais, bien que ce soit leur
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plus profond désir : ils en mourraient de chagrin. Mes parents me manquaient mais je craignais
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de les appeler ; le temps passait ; et, autant j’étais triste de ne pas les entendre me raconter
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ce qui arrivait dans leur vie, autant m’effrayait l’idée qu’ils me le disent, car je savais au fond
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ce qui arrivait vraiment dans leur vie. C’était ce qui arrivait dans toute vie : ils se rapprochaient
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de la mort. Je ne les appelais pas et j’en souffrais ; je les appelais et j’en souffrais aussi, peut-
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être même davantage.
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Mes parents voulaient me parler de mille choses, des petits riens heureux ou contraignants,
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de mes turbulents jeunes frères, de la situation politique tendue du pays. Mais je n’avais pas
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le coeur à écouter tout cela. [...]
(732 mots)
Aus: Mohamed Mbougar Sarr: La plus secrète mémoire des hommes. Paris : Editions Philippe Rey 2021, S. 68 – 70 (Auszug)
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1.
- le protagoniste s'appelle Diégane Latry Faye
- un jeune écrivain sénégalais qui vit à Paris
- il appelle ses parents pour leur dire que tout va bien
- le protagoniste ressent une distance émotionnelle
- à cause de cela, il évite de les appeler régulièrement
La situation
- le vieillissement de ses parents
« Les signes de son vieillissement m’ont serré le cœur ... » (l.7)
- la tendance à repousser les appels en croyant qu'il pourra les rejoindre bientôt
« ... j’étais sûr de les retrouver bientôt, et qu’il n’était donc pas nécessaire de les appeler tous les jours ... » (l.18-19)
- le sentiment de la culpabilité pour ne pas être proche de sa famille
- le temps est l'ennemi principal de l'exilé
« C’est pourtant le temps qui fonde l’essentiel de sa solitude » (l.33-34)
- la contradiction entre le désir de l'appeler pour rester en contact et la peur de l'appeler à cause de la réalité de son âge et de sa fin inéluctable
« Je ne les appelais pas et j’en souffrais ; je les appelais et j’en souffrais aussi, peut-être même davantage. » (l.44-45)
Ses réflexions
2.
- culpabilité
la rareté des appels des parents
rater leur vieillissement :
« Les signes de son vieillissement m’ont serré le cœur et donné l’envie de couper l’image. » (l.7-8)coupable de ne pas être assez proche de sa famille
Les sentiments envers ses parents
- se bercer d'illusions
« ... j’affecte de croire que je rentrerai bientôt ... » (l.25)
« ... j’étais sûr de les retrouver bientôt, et qu’il n’était donc pas nécessaire de les appeler tous les jours ... » (l.7-8)
mal à affronter la réalité
- méfiante à l'égard de son retour
« ... je ne crois plus simplement à la possibilité du retour ... » (l.23)
« Le retour qu’on rêve est un roman parfait – un mauvais roman donc. » (l.26-27)
Les sentiments envers sa vie
3.1
- leur retour pourrait leur causer du mal ou en causer à d'autres
- le retour pourrait faire plus de mal que de bien (p. ex. personnellement)
- parfois, ce que l'on souhaite le plus est ce qui pourrait éventuellement nous nuire
Interprétation générale
- la citation pourrait être associée à la migration
- beaucoup ont le désir profond de retourner dans leur pays d'origine une fois que leur situation s'est améliorée
- leur retour peut être découragé pour plusieurs raisons
Interprétation liée à l'Afrique subsaharienne
- l'économie
le retour dans leur pays natal pourrait compromettre leur qualité de vie
- espoir d'une meilleure vie
réaliser leurs désirs
améliorer les conditions de la vie pour toute la famille
- instabilité politique
la situation politique peut être dangereuse pour certaines personnes (persécution politique)
migration en quête de sécurité
Des raisons possibles
3.2
- Mon cher fils...
Salutation
- la réussite dans un autre pays
- le soutenir pour poursuivre ses rêves
- le motiver pour atteindre ses objectifs
- convaincue qu'il est capable de réussir en France
Reproches et espoirs
- rencontrer des défis en revenant ici
- les choses ont changé depuis que tu es parti
- l'inquiétude pour sa sécurité et son bien-être
- beaucoup de gens sont partis
Craintes pour le retour
- prends soin de toi...
- écrit-mois à bientôt...
- avec tout mon amour et mes meilleures pensées...
- ta mère ...
Le fin