Lerninhalte in Französisch
Inhaltsverzeichnis

Partie A

1.
Décris la scène dans le métro tel qu'elle est présentée dans le texte.
(compréhension) (10 Punkte)
2.
Caractérise l'homme, sa compagne Magali et L. en te référant aux moyens narratifs et rhétoriques utilisés par l'auteure.
(analyse) (18 Punkte)
3.
Au choix :
3.1
Doit-on intervenir dans un conflit interpersonnel similaire à celui présenté dans le texte ?
Prends position et justifie ton avis.
(commentaire) (14 Punkte)
ou :
3.2
Rentrée chez elle, Magali repense au comportement de son compagnon dans le métro et aux réactions de L. Rédige ses pensées sous forme de journal intime.
(produktiv-gestaltende Teilaufgabe) (14 Punkte)

Delphine de Vigan
D'après une histoire vraie

La narratrice décrit un événement qu'elle a vécu avec son amie L. :
1
Nous étions allées voir une exposition, un soir de nocturne, puis nous avions commandé un
2
croque-monsieur dans un café près du musée. Il pleuvait beaucoup, nous avions attendu que
3
la pluie cesse. Il était assez tard lorsque nous avons repris le métro. Nous étions assises côte à
4
côte, près de la porte, sur les strapontins. La rame était pleine, pas suffisamment pour nous
5
obliger à nous lever. Un homme et une femme sont montés. Aussitôt cette dernière s’est
6
agrippée à la barre centrale, juste devant nous. Agrippée, c’est le mot qui m’est venu en la
7
voyant, elle semblait tenir debout avec difficulté. L’homme était plus âgé qu’elle. Il n’a pas
8
tardé à reprendre le monologue qu’il avait de toute évidence commencé sur le quai, il parlait
9
fort, une bonne partie du wagon pouvait l’entendre. La femme avait la tête baissée, les épaules
10
légèrement voûtées. S’il m’était difficile de distinguer son visage, il me semblait, sous
11
l’assaut verbal, voir en revanche son corps plier. L’homme lui reprochait son attitude durant
12
le dîner qu’ils venaient de quitter. Exaspéré, une moue de dégoût sur les lèvres, il scandait
13
ses phrases comme s’il s’agissait d’un discours politique, tu te tiens comme une pauvre fille,
14
tu manges comme une pauvre fille, tu parles comme une pauvre fille, tu me fous la honte
15
(je retranscris quasiment mot pour mot, je crois n’avoir rien oublié tant j’étais abasourdie
16
par la violence de cet homme et l’humiliation publique qu’il infligeait à cette femme). Les
17
gens se sont écartés, certains ont changé de place. L’homme, loin de s’adoucir, a poursuivi.
18
– Tu es la seule à ne pas t’en rendre compte, Magali, tout le monde était consterné, mais oui,
19
et tout le monde se disait: mais qu’est-ce qu’il fout avec une fille comme ça ? Tu transpires
20
le malaise, qu’est-ce que tu veux que je te dise, ça fout les jetons. Et je te dis même pas quand
21
tu t’es mise à parler de ton boulot, mais qu’est-ce que tu crois, que ça intéresse les gens la vie
22
d’une pauvre instit' de maternelle, mais on s’en fout, tout le monde s’en fout, tu crois que ça
23
intéresse les gens ?
24
L. regardait l’homme, non pas discrètement, de manière furtive, comme nous le faisions tous.
25
L. fixait l’homme, avec ostentation, le visage levé vers lui comme au théâtre. Sa mâchoire
26
s’est serrée, la pulsation est revenue, creusait par intermittence un petit puits dans sa joue.
27
– Non mais regarde comment tu te tiens, c’est pas vrai de voir ça, on dirait une bossue. Ah
28
mais oui, j’oubliais, c’est toi qui portes la misère du monde, Magali, au temps pour moi, ha
29
ha ha, elle est bonne, mais oui c’est vrai, Madame porte les malheurs de la terre entière et
30
Dieu sait s’il y en a : les mômes dont les parents sont clandestins, les mômes dont les parents
31
ont perdu leur boulot, les mômes dont les parents sont cinglés et j’en passe, mais attention,
32
Madame est peinarde tous les jours à 16 h 30 après un bon goûter ! Non mais tu t’es regardée,
33
Magali, il te manque plus qu’une blouse des Trois Suisses, on dirait une femme de ménage.
34
Nous venions de nous arrêter à la station Arts et Métiers. L. s’est levée, elle était très calme,
35
chacun de ses mouvements semblait avoir été calculé au préalable et au millimètre près, elle
36
s’est postée devant l’homme, exactement devant, elle a planté son regard dans le sien, sans un
37
mot. L’homme s’est interrompu, les murmures autour de nous se sont tus. Un silence étrange a
38
envahi le wagon. L. faisait face à l’homme, ne le lâchait pas des yeux, tandis que quelques
39
voyageurs entraient et sortaient. L’homme a dit qu’est-ce qu’elle a cette connasse, le signal
40
de fermeture des portes a retenti.
41
Alors d’un geste ferme, d’une rapidité étonnante, L. a poussé l’homme sur le quai. Il est tombé
42
en arrière, s’est retenu avec les mains, les portes se sont refermées avant qu’il ait eu le temps
43
de comprendre. À travers la vitre, nous avons vu son visage hébété, incrédule. Il a hurlé sale
44
pute et puis sa silhouette a disparu.
45
L. s’est alors tournée vers la jeune femme, elle lui a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée :
46
– Vous ne devez pas supporter ça, personne ne doit supporter ça.
47
Ce n’était pas une prière, ni une parole de consolation. C’était un ordre. La femme s’est assise
48
un peu plus loin, elle avait l’air soulagée. Au bout de quelques minutes je l’ai vue sourire,
49
perdue dans ses pensées, puis elle a eu un petit rire, bref, sec, presque coupable. Il m’a semblé
50
que son corps s’était un peu redressé.
(845 mots)
Aus: Delphine de Vigan: D'après une histoire vraie. Paris: Editions Gallimard, 2015, S. 75-78 (Auszug)
http://www.lemonde.fr/campus/article/2019/10/04/pour-les-jeunes-diplomes-difficile-d-echapper-aux-stereotypes-generationnels_0614153_4401467.html (Zugriff: 01.04.2020)