Lerninhalte in Französisch
Inhaltsverzeichnis

Partie A

1.
Résume le conflit entre Maryam et ses parents et son déroulement.
(compréhension) (12 Punkte)
2.
Fais le portrait de Maryam en te référant aussi aux moyens stylistiques et narratifs.
(analyse) (16 Punkte)
3.
Au choix :
3.1
Apprendre et parler la langue du pays dans lequel on vit : un facteur essentiel d'intégration sociale ? Prends position et justifie ta réponse en donnant des exemples.
(commentaire) (14 Punkte)
ou :
3.2
L'association « F.L.A. Français Langue d'Accueil », chargée d'intégrer les immigrés et les réfugiés par l'apprentissage de la langue française, cherche des bénévoles. Maryam, désormais étudiante, est intéressée. Elle présente, dans une lettre de candidature, les raisons qui la motivent à travailler bénévolement dans ce domaine. Rédige la lettre de Maryam.
(produktiv-gestaltende Teilaufgabe) (14 Punkte)

Maryam Madjidi
Marx et la Poupée (2018)

La famille Madjidi a quitté l'Iran pour des raisons politiques et s'est installée à Paris.
Maryam, la narratrice de ce roman autobiographique, parle de sa jeunesse.
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– Non. Non. Et non.
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– Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu’une petite heure,
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c’est pas grand-chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais
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plaisir à ton père.
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– Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler
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persan.
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– C’est notre langue, tu comprends, c’est tes racines.
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– Je suis pas un arbre, j’ai pas de racines. C’est votre langue, plus la mienne.
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Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
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Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en
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cercle et je commence à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d’école, dans mon
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français encore balbutiant mais que je compte fermement perfectionner.
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Ouvrez votre cahier. Dictée.
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Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger
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le cahier et le livre de farsi niveau CP dans un tiroir. Il allume une cigarette.
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Tu t’acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l’exil, ne
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tenant plus qu’à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l’aimais plus car
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elle me faisait souffrir. Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l’apprendre.
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On ne force personne à apprendre quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à
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peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu avais peur qu’elle devienne une
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étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu’elle n’ait plus rien en elle
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d’iranien et qu’elle ne t’estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
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français, tu avais l’air d’un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
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– Alors puisque c’est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison.
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Sous mon toit, on doit parler persan.
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– Et si ta fille s’obstine à te parler en français ?
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– Je ne répondrai pas. Et je t’ordonne de faire la même chose.
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– Ce n’est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan.
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C’est tout ce que tu auras gagné.
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– Je refuse qu’elle oublie sa langue maternelle. C’est la langue de ses origines,
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de ses parents, de tous ses ancêtres.
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– Mais on est en France. Tu n’arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en
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France, il faut manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le
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français. On est en France, il faut boire du vin. On est en France, il faut aimer le
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fromage qui pue. On est en France, il faut se comporter comme des Français.
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Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée maintenant qu’elle refuse
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d’apprendre et de parler ta langue.
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– Ce n’est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et
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garder deux langues car, qu’elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange
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des deux.
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Au début, j’ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la
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même phrase. Toujours le silence. J’avais beau insister, tu refusais de me répondre.
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Nous construisions ensemble un mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique
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du persan et des racines. Ma brique du français et de l’intégration. Combien de temps
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ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu’où irait ce mur ?
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Au bout de quelques semaines, j’ai cédé. Je m’en voulais de te faire du mal. J’avais
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déjà refusé d’apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le
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parler à la maison. J’ai fini par accepter cette loi : le persan à la maison, le français
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dehors. Il y avait désormais notre langue et leur langue, nous et eux. Et moi je passais
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d’un monde à l’autre, d’une langue à l’autre, échangeant mes rôles, jonglant tant bien
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que mal avec ces deux identités.
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Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se
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taisent devant mes amis. Je voulais même les présenter en disant : « Voici mes parents,
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ils sont muets, hélas ».
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[…]
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– Maryam, viens ici, j’ai besoin de toi pour une lettre.
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– Non, j’en ai assez d’écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
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– Tu sais très bien qu’on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des
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fautes d’orthographe. Ne fais pas tant d’histoires, sois gentille, viens ici.
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Je dois écrire tous les courriers administratifs […]. Les pires lettres pour moi sont
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celles où je dois mendier de l’argent. Ma hantise : le service des contraventions où il
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faut pleurer pour ne pas payer l’amende, le service des réclames, où il faut pleurer
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parce que victime d’une injustice, le service des demandes d’aide sociale, où il faut
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pleurer parce que nous sommes « les Misérables ».
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– Maryam, dépêche-toi, j’ai besoin de toi ! […]
(839 mots)
Aus: Maryam Madjidi: “Marx et la Poupée”. Paris: Ed. J'ai lu 2018, S. 156-161

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