Lerninhalte in Französisch
Inhaltsverzeichnis

Partie A

1.
Présente les conditions de vie du narrateur.
(compréhension) (12 Punkte)
2.
Dégage le dilemme du narrateur en tenant compte des moyens stylistiques.
(analyse) (17 Punkte)
3.
Au choix :
3.1
« Nous devons cesser de tourner vers lui nos regards et nous inventer nous-mêmes. »
(l. 40 – 41)
Commente.
(commentaire) (13 Punkte)
ou :
3.2
La Fédération Française de Football lance une initiative pour mieux intégrer les footballeurs mineurs venus de l’étranger. Le narrateur veut s’engager dans le cadre de cette initiative et présente ses idées.
Rédige son e-mail à la Fédération Française de Football.
(produktiv-gestaltende Teilaufgabe) (13 Punkte)

Léonora Miano

Depuis la première heure (2008)

Le narrateur, un jeune footballeur camerounais, rêve d’une carrière de footballeur professionnel. Il est venu en France avec l’aide d’un agent qui lui avait promis de le placer dans un club de football de renommée internationale.
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Je n’ose pas rentrer. Même si ici, tout est sombre depuis la première heure du premier jour.
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Je ne peux pas rentrer. Laisser la honte s’abattre sur moi. Les railleries et le mépris des autres
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m’engloutir. Autant mourir ici. Comme une bactérie neutralisée. Que personne, jamais, n’en
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sache rien. Parfois, je me dis que si je prenais simplement mes cliques et mes claques, si
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je retournais au pays, j’y trouverais peut-être plus que ce néant où je patauge, depuis la
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première heure du premier jour. Il me suffirait de pénétrer dans la cour de notre concession.
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De m’asseoir à terre. J’étendrais devant la famille mes mains vides. Ouvertes. Je les étendrais
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en avant. La paume regardant le ciel. Je dirais alors : « Me voici. Tel qu’au jour de mon
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départ. Nu. Démuni. Vivant et volontaire. » Je serais prêt à trouver sur place de quoi valoriser
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mon existence. Peut-être qu’elle ne serait pas clinquante, ma vie. Peut-être que je n’aurais
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rien d’extraordinaire à faire valoir. Pas de grosse voiture. Pas de maison à deux étages. Ce
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ne serait qu’une vie d’homme.
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Parfois, il me vient à l’esprit que je pourrais faire cela. M’asseoir parmi les miens. Leur
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dire simplement que la France ne m’a pas réussi. Que je n’y ai réalisé aucun des mes rêves.
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Que, au contraire, des cauchemars d’une espèce inconnue ont commencé à danser entre mes
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tempes. En permanence. Je pourrais leur conter les milliers des nôtres qui meurent de leurs
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nuits sans sommeil et dont les cadavres errent dans les rues de la France. Il arrive que ces
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morts vivants feignent de croire que le temps n’a pas passé, qu’ils sont encore aussi jeunes
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qu’au jour de leur arrivée. Aussi forts. Aussi talentueux. Ils continuent de dire qu’il suffit
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qu’on leur donne des papiers, qu’on les laisse entrer sur un terrain de football.
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Je pourrais leur dire ceux qui empruntent, ici où là, l’argent et les vêtements qui leur
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servent à éblouir la galerie lors de leurs vacances annuelles au pays. Évoquer tous ceux qui
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ne vivent plus que dans l’attente de ces quelques semaines au cours desquelles ils pourront,
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eux aussi, être enviés. Je raconterais tous ces jeunes gens brillants qui avaient toujours eu
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les honneurs du tableau, des mentions à la pelle, et qui n’ont tout simplement pas pu se
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faire à l’hiver, au mépris, à la brutalité policière… Ceux qui, entourés et choyés sur la terre
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de leurs pères, ne surent s’accoutumer aux rigueurs de la vie d’ici. Tout à coup, ils se sont
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mis à échouer à tous les examens. Ils n’ont achevé aucun cycle d’études. Un matin, las, en
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deuil d’eux-mêmes, ils ont cessé d’aller à l’université. Ils ne sont pas rentrés au pays, où on
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attendait tellement d’eux. L’honneur d’un patronyme trop lourd sur leurs épaules les a rivés
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à la noirceur et à la vacuité.
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Je décrirais le travail au noir pour lequel on n’est pas toujours payé. Les squats insalubres
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dont il faut bien se satisfaire, puisqu’on s’est condamné à ramper dans les boyaux de la
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France. Jusqu’au jour de l’expulsion, un petit matin obscur et brumeux où on sera jeté dans
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un avion. Menottes aux poignets. Cette aube funeste nous court après, ici. Je dirais le chômeur
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en fin de droits. Le sans-logis. Le mendiant. La valeur de la misère ajoutée que viennent
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collecter les huissiers, sans distinction de race, de sexe ou de religion. Ce pays ne peut rien
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pour nous, et certainement pas nous faire rêver : qu’y a-t-il à attendre de qui ne produit pour
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les siens que le manque et l’exclusion ? Un tel pays ne peut rien nous enseigner. Un tel pays
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n’a pas de leçons à donner. Nous devons cesser de tourner vers lui nos regards et nous inventer
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nous-mêmes. Nous devons voir, au-delà de cette blancheur que nous crûmes surnaturelle, des
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humains comme nous : faibles et imparfaits. Fragiles et apeurés. Eux aussi.
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Je pourrais dire bien des choses aux miens, pour qu’ils comprennent que l’Occident n’est
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pas ce qu’ils imaginent. Qu’il n’est qu’un immense sépulcre pour nombre de ses autochtones.
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Sa civilisation lumineuse ne donne aujourd’hui, à ses propres enfants, qu’un avenir précaire
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et des caravanes en guise de logement. Je dirais l’incroyable : ces petits fonctionnaires chargés
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de l’intendance du pays, qui dorment dans leur voiture. Je dirais tous ces impensables. Pour
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que les miens comprennent que la descendance des conquérants ne mérite pas le piédestal
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d’où nous la laissons encore nous impressionner. La vie lui est devenue trop cruelle pour
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qu’elle irradie encore. À l’instant même où je voudrais énoncer ces vérités, ils cesseraient
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de m’écouter. Ils diraient qu’on ne peut pas revenir les mains vides de Mbengué. Qu’il faut
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vraiment être nul. Ils diraient que mon échec ne doit pas les empêcher de tenter leur chance,
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que l’amertume me pousse au délire. Ils affirmeraient qu’une misère occidentale est forcément
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moins rude qu’une misère africaine. Car après tout, l’Occident tient le monde au creux de sa
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main blanche. Comment pourrait-il ne pas être un paradis ?
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Il m’est donc impossible de rentrer au pays, même si j’ai mordu la poussière givrée du sol
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de France sitôt arrivé. Je devais jouer au football. Devenir une vedette. Je n’ai jamais vu un
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terrain.
Léonora Miano : Depuis la première heure. In : Léonora Miano : Afropean soul et autres nouvelles. Paris : Flammarion 2008, S. 27 – 30 (Auszug)

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